Analyse du texte

 
 

Je sens bien qu’il serais nécessaire de replacer l’oeuvre dans son contexte historique, c’est à dire d’avoir une connaissance globale de l’escrime à cette époque en France et en Italie. On peut en avoir une idée par les traités de cette époque. Le traité de Saint Didier semble être le premier en France pour ce type d’escrime, les autres sont postérieurs. Par contre il y en a en italien et en allemand qui sont contemporains. Il faut bien commencer par quelque chose dit-on. Je commence par le Saint Didier et mon analyse changera peut-être quand je connaîtrai les autres manuels.


Il y a des travaux d’analyse du traité disponibles sur le net. Notamment un cahier d’étude de Jean-François Gilles. Ce document me paraît être une bonne base de départ pour nous et j’y ferai référence sous le nom de «cahier d’étude». Je suis parti de ce texte qui a nourri ma réflexion personnelle. J’en reprends souvent des passages que j’ai modifiés selon ma vision des choses. Il y a aussi une transcription d’Olivier Dupuis, avec une présentation du traité et un commentaire d’un maître d’armes, Georges Dubois, de 1918. On la trouve sur le site de l’Arts d’Armes à la rubriques «Sources». Je n’ai pas vraiment envie de tout reprendre à zéro et donc les commentaires qui suivent supposent un minimum de familiarité avec l’escrime historique. Je précise tout de même certains points de vocabulaire dans un glossaire.


Mon impression globale du traité est de quelque chose qui se veut pédagogique et utilise, pour démontrer des coups, deux personnages : le lieutenant et le prévôt, dans une situation de leçon. Le cadre n’est donc pas un cadre de combat qu’il soit un duel ou une situation de défense, mais une situation d’enseignement.


Le souci pédagogique de Saint Didier semble passer aussi par une volonté de rationalisation. Pourtant mon impression est une certaine confusion du propos : beaucoup de redites avec parfois des contradictions, des omissions, des références à des choses inexistantes. Je les pointerai au fur et à mesure de l’analyse. De plus, et à plusieurs reprises, Saint Didier avertit que le dessinateur a commis des erreurs. Il y a parfois des références à la gauche et à la droite dans les coups où l’on peut se demander si l’imprimeur ou Saint Didier lui-même n’ont pas commis des erreurs.


MAJ : L'ouvrage de Henry de Sainct Didier est structuré comme un ensemble de leçons. Il n'est pas directement focalisé, comme d'autres manuels, sur l'exposé d'un système de combat mais sur un système pédagogique d'où émerge petit à petit le système de combat.


L'ouvrage expose six coups qui sont l'exposé des bases techniques où les manoeuvres sont introduites graduellement, d'abord les maindroits et les revers comme attaques franches et comme parades (quarte et tierce), puis les estocs en défense (troisième coup), puis les feintes (quatrième coup), les estocs en attaque (cinquième coup), les estocs multipliés (sixième coup). Le tout avec des déplacements basiques dans l'axe, sur un pas en partant du pied droit ou du pied gauche. Les démarches droites et gauches s'alternent dans les coups laissant penser qu'on peut éventuellement enchaîner ces derniers.


L'ouvrage traite ensuite de variations sur ces bases techniques avec des déplacements plus complexes basés sur des triangles et «quadriangles».


Ensuite viennent les techniques que je qualifierais d'avancées avec des désarmements.


A plusieurs reprises dans le manuel, Saint Didier évoque le cas d'un gaucher. Au cinquième coup il précise ce que doit faire l'instructeur pour entraîner un gaucher : il doit se faire gaucher lui-même pour la leçon. Je compte consacrer une page à cet aspect.


Analyse de l’introduction de Saint Didier


Les démarches

C’est la position des pieds et notamment le pied qui est devant. Bien sûr, et comme le dit Saint Didier, il n’y en a que deux : ou je mets le pied droit devant, ou je mets le pied gauche devant. Saint Didier préfère être «sur le pied gauche», c’est à dire mettre le pied gauche devant. Il estime qu’ainsi on a plus de temps pour la défense et plus de course (puissance ?) pour attaquer.


Les gardes

Ce que Saint Didier appelle garde semble être la position de la main armées. Dans cette hypothèse, nous avons trois gardes :

  1. la gardes haute où la main qui tient l’épée est un peu plus haute que l’épaule, bras plutôt tendu sur les images et dos de la main vers le haut afin que la lame de l’épée soit à plat.

  2. la garde moyenne où la main qui tient l’épée est au niveau de l’épaule avec les même critères,

  3. la garde basse où la main armée est à hauteur de la ceinture, dos de la main vers la droite (pour un droitier) et les quillons verticaux.


La main gauche est tenue de façon à protéger la cible pointée par la lame adverse mais ce point n’est pas explicitement cité par Saint Didier. On peut supposer que cette main peut servir à dévier la lame. Le bras gauche apparaît assez fléchi et en retrait par rapport à la main armée.


Saint Didier considère que la garde basse est la base et engendre les deux autres. Il dit aussi qu’elle peut être une manière d’attirer une attaque haute (estoc ou maindroit) de quelqu’un de «naïf».


Un détail qui n’est pas clair au début du texte c’est que les gardes sont complétés par la situation de la pointe. La situation est l’endroit que vise la pointe. Il y a des variations pour chaque garde, et cela on le découvre au fur et à mesure du texte. Les situations de bases données au début du texte (page 4) pour chaque gardes sont :

  1. garde haute, situation de la pointe au visage. On découvre par la suite que la cible cela peut être : le menton (fig. 12) ; la bouche (fig. 46 & 105) ; la vue (fig. 21) ou encore l'œil gauche (fig. 30 & 62 & 78 & 98) ; le visage (fig. 113) ; la face (fig.118).

  2. garde moyenne, situation de la pointe à l’oeil gauche. On a aussi dans le texte : le tétin gauche (fig. 11 & 38 & 61 & 97 & 106 & 117) ; la gorge (fig. 13) ; la vue (fig. 53) ou l'œil gauche (fig. 90).

  3. garde basse, situation de la pointe à la braie (que j’interprète comme le haut de la cuisse ou la hanche). On a aussi : ceinture (fig. 114), le giron (fig. 37) ou la cuisse droite (fig. 121) ; un peu au-dessus de la braie (fig. 29) ; le ventre (fig. 69) ; l'estomac [2] (fig. 54). J’ai fait une page de photos pour les gardes.


Les coups :

Saint Didier ne retient en tout et pour tout que trois types de coups :


  1. le maindroit, encore appelé avant-main, qui est un coup de tranchant que l'on arme à droite pour frapper la gauche de l'adversaire, ce pour un droitier et vice-versa pour un gaucher.

  2. le revers encore appelé arrière-main, que l'on arme à gauche pour frapper le côté droit de l'adversaire, ce pour un droitier et vice-versa pour un gaucher.

  3. l'estoc qui est un coup pénétrant de la pointe de l’arme.


C’est en analysant les pièces du traité que nous pourrons avoir une idée de l’ensemble des techniques qui sont représentées par ces trois appellations.


Chaque coup se dédouble, les deux premiers peuvent se porter au niveau de l'épaule ou bien au niveau du jarret. Enfin le coup d'estoc peut se porter au côté droit ou gauche de l’adversaire. Il y a donc en tout six attaques possibles, et Saint Didier parle des «six lieux sur le corps humain» qu'il faut apprendre à bien garder : jarret gauche, jarret droit, épaule gauche, épaule droite, poitrine gauche, poitrine droite.


Il est à noter que Saint Didier rejette le fendante italien comme n’étant qu’une utopie qui se transforme en maindroit ou revers. Il rejette également l’imbroncade comme n’étant qu’une estocade. Doit-on y voir la marque de son génie ? Un soucis de rationalisation ? Une critique de l’escrime italienne ? Un désir de se mettre en avant ? Je pense qu’il faudrait une véritable culture de l’escrime de l’époque pour répondre à ces questions. Pour l’instant je débute. Nous en reparlerons dans quelques temps.


Le regard :

Comment prévoir une attaque ? Saint Didier nous dit « pour ce faire faut regarder la pointe de l'épée, & ne la perdre jamais de veuë, & en ce faisant, facilement on jugera du coup, le jugeant on trouvera moyen de soy deffendre & offenser comme j'ay promis à un même temps ».

Je ne cache pas que ce point de vue (c’est le cas de le dire) est un peut surprenant pour moi. Dans d’autres écoles on conseille une vision globale «comme si on regardait la montagne au loin». A tester pour voir (c’est le cas... c’est bon j’arrête).


Les dégainements :

Saint Didier passe du temps à nous parler de dégainements. Il en expose trois, dont les différences ne m’ont pas paru saisissantes. Il reprend plus loin en partie les dégainements dans l’exposé des coups. Il y a une chose que je note, c’est que les personnages ont l’épée au fourreau avant le dégainement, et que ce fourreau est accroché à la ceinture. L’image suivante montre les personnages épée au poing et plus de fourreau ni de ceinture. Qu’en ont-ils fait ? Y a-t-il là quelque chose d’implicite pour les gens de l’époque qui ne méritait pas d’être mentionné ?


Je fais le choix, pour l’instant, de passer ce point des dégainements pour me concentrer sur les «coups».

Entrer dans la pensée de l’auteur, comprendre ce qu’il expose et sentir ce qu’il ne dit pas, sans préjugés mais aussi sans concession. Forme de non-jugement qui n’exclut pas l’évaluation. Les techniques d’écoute active sont-elles utilisables dans la compréhension d’un auteur à travers ses écrits ? Et même pour un auteur mort depuis des siècles ? Congruence du lecteur, regard positif inconditionnel, empathie.

L’entrée dans la pensée de l’auteur demande une expérimentation par la nature même de ce type d’écrit.

Préambule

Les armesLes_armes.html
VidéosVideo_1./Videos.html
Analyse du texte
Premier coupPremier_coup.html

Portrait de Henri de Saint Didier

Second coupSecond_coup.html
Troisième coupTroisieme_coup.html
Cinquième coupCinqieme_coup.html
Sixième coupSixieme_coup.html
Quatrième coupQuatrieme_coup.html
BilanBilan_de_letude_des_six_coups.html
Suite de l’analysehttp://www.wenwu.fr/Jomww/index.php?option=com_content&view=article&id=121&Itemid=529&lang=fr